Portrait des administratrices centricoises

Préambule

La Table de concertation du mouvement des femmes Centre-du-Québec (TCMFCQ) a lancé le 30 juin 2004 le Portrait des administratrices centricoises. Il présente les résultats d’une enquête menée, en janvier 2004, auprès de femmes qui siègent aux instances décisionnelles de notre région. Cette étude a été effectuée dans le cadre du projet Femmes & pouvoir mais aussi de l’entente de collaboration en condition féminine.

Depuis l’automne 1999, via le projet Femmes & pouvoir, la TCMFCQ met de l’avant des activités pour soutenir les femmes membres de différentes instances décisionnelles et ce pour les cinq territoires de MRC du Centre-du-Québec. Lors des différentes activités organisées par ce comité, nous avons rencontré un grand nombre d’administratrices bénévoles. Nous avons ainsi acquis une certaine connaissance de leurs réalités; mais nous souhaitions les connaître davantage, savoir quel a été leur parcours d’implication, quels étaient leurs motivations et les obstacles rencontrés. De plus, des organisations nous avaient indiqué leur désir de recruter des femmes mais sans savoir comment elles pouvaient le faire. Ainsi la TCMFCQ a décidé de mener une enquête à l’hiver 2004 pour dresser un Portrait des administratrices centricoises pour, par la suite, mettre en place des interventions de soutien appropriées à leur réalité auprès des administratrices mais aussi auprès des organisations régies par des conseils d’administration.  Nous vous présentons ici un résumé de cette recherche. Pour les personnes qui voudraient obtenir le rapport complet de l’enquête, celui-ci est disponible à la TCMFCQ. Il suffit de communiquer avec nous au (819) 758-8282 ou par courriel aux coordonnées apparaissant sur le site.

L’échantillonnage

La recherche s’adressait à toute femme qui réside au Centre-du-Québec et qui siège à titre volontaire à au moins un conseil d’administration, conseil municipal ou tout autre comité de travail.

Au cours des dernières années, la TCMFCQ a constitué une liste de femmes qui s’engagent au Centre-du-Québec. Les femmes inscrites à cette liste siègent principalement aux conseils municipaux, aux conseils d’établissements de santé, aux commissions scolaires, aux instances de développement local ou régional. Certaines sont également administratrices de groupes communautaires, de groupes de femmes ou de partis politiques. De plus, les 25 Centres de la petite enfance (CPE) ont reçu ce questionnaire avec la demande de les transmettre à toutes les administratrices de leur organisation.

Méthodologie employée

Pour mener notre enquête, il a été décidé de travailler principalement à partir d’un questionnaire écrit. Au total, 595 questionnaires ont été envoyés dans les 5 MRC centricoises et nous avons reçu 169 réponses, soit un taux de participation de 28,4 %.

La répartition des répondantes entre les MRC est très représentative de la population sur le territoire centricois. Toutefois, dans l’interprétation de certaines données, il faudra considérer la forte présence des 107 conseillères et mairesses de la région dans la liste d’envoi.

Afin d’approfondir certains aspects de la recherche, nous avons tenu des rencontres complémentaires avec des participantes au sondage et aussi avec des femmes qui ne siègent à aucun conseil d’administration.

La TCMFCQ a coordonné toutes les étapes de la présente recherche. La Coopérative la Clé s’est chargée de la compilation des données en plus d’établir les tableaux de données croisées entre les différentes variables recueillies. La rédaction du rapport a été réalisée par les travailleuses de la TCMFCQ avec le soutien des membres du comité orienteur du projet.

La présentation des résultats

Les répondantes au Portrait des administratrices centricoises sont âgées en moyenne de 48 ans.  Trois sur quatre vivent en couple et dans près de la moitié des cas leur conjointE a également exercé des fonctions bénévoles ces 10 dernières années. Huit administratrices sur dix sont mères.  Elles ont, en moyenne, un seul enfant à charge, ce qui est logique puisque 60 % de ces enfants ont atteint l’âge adulte. En plus d’être mères et conjointes, 14 % de ces femmes donnent des soins à une autre personne environ 8,5 heures par semaine. Finalement, elles effectuent 68.8 % des tâches domestiques.

Les administratrices centricoises habitent leur MRC depuis 28 ans et 69,5 % d’entre elles sont installées dans une municipalité rurale. Elles ont tendance à avoir complété un niveau d’étude plus élevé que la moyenne régionale. Ainsi, parmi les répondantes il y a 24,2 % de diplômées du collégial (D.E.C.) et 46,7 % d’universitaires alors que 18,1 % des centricoises détiennent un D.E.C. et seulement 7,1 % ont terminé un diplôme universitaire. Conséquemment, il y a 39,1 % des répondantes qui signalent un revenu personnel de 35 000 $ et plus. Ce qui est près de quatre fois plus fréquent que dans la population féminine régionale.

Elles sont 88,3 % à avoir occupé un emploi rémunéré durant la plus grande partie de leur vie adulte. Il y a 14,2 % de retraitées qui ont répondu à l’enquête. En général, ces femmes travaillent, ou travaillaient, à temps complet et y consacrent en moyenne 39 heures par semaine.  Les résultats nous indiquent que deux femmes sur trois (64 %) sont en situation d’autorité au travail et qu’elles estiment à 97,6 % que leur travail est, ou a été, valorisant et satisfaisant.

Les répondantes sont principalement les cadettes de familles d’en moyenne 4 enfants. Ce qui est surprenant puisqu’une autre étude auprès de conseillères municipales affirmait que les aînéEs d’une famille s’engageaient davantage. De plus, les parents de la moitié des répondantes étaient engagés. Naturellement les mères militaient dans des secteurs très concentrés (social / communautaire / religieux) alors que les secteurs de bénévolat des pères étaient plus diversifiés.

Près de deux répondantes sur trois étaient déjà impliquées dans leur jeunesse, ce qui, à leur avis, a eu une influence sur le militantisme actuel. On a aussi constaté que l’engagement jeunesse augmente la probabilité qu’elles se retrouvent dans un groupe communautaire, mais a un effet contraire face aux conseils municipaux.

Lors de leur premier engagement, 72 % des administratrices ont été sollicitées directement. En fait, cette donnée confirme qu’il est rare de voir une femme se poindre initialement à un poste électif sans y avoir été invitée. La personne qui les a sollicité était plus régulièrement une femme qu’un homme. De plus, le lien entre ces recruteurEs et les participantes était assez direct, puisque 53 % des recruteurEs étaient de la famille immédiate, enseignantes ou des patronNEs. Nous avons l’intuition que puisqu’il y a plus de femmes qui sont instigatrices du premier élan, elles ont une approche différente de celles des hommes. En effet, plusieurs nous ont confié que les hommes ont tendance à les solliciter à la toute dernière minute alors que les femmes auraient tendance à débuter leurs démarches plus longtemps avant l’échéance.

Au cours des dix dernières années, ces femmes ont été présentes dans les grands secteurs du développement socioéconomiques. En fait, les secteurs d’engagement des répondantes sont beaucoup plus diversifiés qu’à l’époque de leurs mères. Malgré cette croissance, on les retrouve encore en grande majorité dans les groupes communautaires et dans les groupes sociaux et de loisirs. Elles répartissent leurs activités bénévoles en proportion équivalente dans les autres secteurs.

Nous avons voulu connaître quels éléments avaient un impact positif sur leur engagement.  Ainsi, le fait d’avoir des enfants augmente les probabilités qu’elles se retrouvent dans les groupes sociaux ou de loisirs. On remarque, aussi, une plus grande diversité de comités lorsque les femmes sont plus âgées, lorsqu’elles sont établies depuis longtemps dans la région et lorsque leur conjointE s’implique. Finalement avoir des enfants et être en situation d’autorité ont une incidence positive sur le nombre de comités où les femmes sont actives.

Indépendamment de leurs secteurs d’engagements, les administratrices offrent en moyenne 26,4 heures par mois de militantisme. On pouvait s’y attendre, la politique municipale est le secteur qui demande le plus de disponibilité. Quoique les groupes communautaires, de loisirs et les partis politiques soient également énergivores.

La situation des élues municipales nous préoccupant particulièrement, nous y avons consacré une attention spéciale. Le premier constat est surprenant puisqu’il est apparu que le nombre d’années de résidence dans une MRC n’a aucun impact sur les probabilité d’être élue au conseil. Ce qui renverse la présomption qu’il faille habiter dans un milieu depuis longtemps pour aspirer à devenir conseillère ou mairesse. Les femmes habitant dans les municipalités rurales ont tendance à s’impliquer davantage dans ce domaine. Mais ce qui est le plus surprenant c’est que plus les répondantes sont scolarisées, moins elles briguent les suffrages municipaux. Comme quoi la complexité des dossiers ne fait pas peur aux aspirantes conseillères et mairesses.

En moyenne, elles sont 60 % a avoir été sollicitées et à avoir accédé à ce poste sans contestation.  Mais un peu plus de la moitié de ces femmes n’hésiteraient pas à se présenter une première fois à un poste via une élection. En même temps, la majorité de celles-ci prendraient un moment de réflexion avant de décider de rester si leur poste était convoité. Il faut toutefois noter que le climat dans un comité, la nature de celui-ci et la personne qui aspire à leur siège peuvent avoir de l’influence dans la décision. Une fois de plus une dualité d’attitude s’observe.

Moins d’une femme sur dix émet la possibilité qu’au cours des 4 prochaines années elle se présente à la commission scolaire. Un peu plus (22,5 % ) songent vaguement à faire le saut sur la scène municipale. Quant à être députée, une femme seulement y a démontré un mince intérêt.

La TCMFCQ s’est aussi intéressée aux motivations et aux obstacles rencontrés par les administratrices centricoises. Ainsi, la volonté d’aider, le désir de changer les choses, l’amélioration des services et l’envie de porter des projets rejoint 61,9 % des répondantes. Un autre 15,8 % se dit motivé par la mission des organisations. Ces motivations sont les mêmes indépendamment de leur âge et de leur degré de scolarité.

À l’opposé, la triple conciliation travail-famille-engagement est sans contredit l’obstacle majeur des centricoises. Compte tenu de leurs activités nombreuses, leur disponibilité est également problématique. À un moindre degré, le type de pouvoir exercé et les tâches de financement ou de recrutement parfois demandées dans les organisations ont également une connotation négative.

Pour les soutenir ces femmes souhaitent que les organisations mettent sur pied des activités de formation, qui se tiendraient en soirée durant la semaine. Tout mécanisme d’accueil et d’intégration pour les nouvelles venues seraient appréciés. Ces mêmes organisations ne devront pas négliger d’établir des directives et mandats clairs, et de les respecter. La flexibilité des horaires et la mise en place de politique de remboursement de frais sont également souhaitées.

Comme on pouvait s’y attendre, ces femmes de décision ont une relation particulière avec le pouvoir. Elles ne sont que 47,2 % à oser dire qu’elles aspirent au pouvoir, mais 80,5 % cherchent à influencer et 87,8 % estiment avoir de l’influence sur leur milieu de vie… Elles sont donc, par définition, des femmes de pouvoir.

Dans tous ces engagements nous pouvons constater que les administratrices ressentent des sentiments positifs dans 70,4 % des cas. À l’opposé, les sentiments négatifs de découragement et d’inutilité ont été soulevé à 20,7 %. Il aurait effectivement été utopique qu’il aient été absents.  Mais en général le compte est bon, puisque 98 % des administratrices centricoises seraient prêtes à en encourager d’autres à faire le saut dans l’administration publique.

Suivis et recommandations suite aux résultats

La Table de concertation du mouvement des femmes Centre-du-Québec veut aller plus loin que les constats statistiques que l’on peut découvrir en parcourant la recherche. Dès l’automne un guide de recrutement sera disponible pour les organisations afin de leur suggérer des actions qui pourraient être entreprises pour faciliter la présence des femmes aux instances décisionnelles et tendre vers une meilleure représentation. Par exemple, les organisations régies par un conseil d’administration devraient :

  • Déterminer des directives et mandats clairs envers leurs administrateurTRICEs,

  • Démontrer une plus grande flexibilité des horaires,

  • Miser sur un lien direct avec les recruteurEs,

  • Faire connaître davantage la mission de leur organisation,

  • Adopter des politiques de remboursement de frais de transport et de responsabilités familiales.

De plus, la TCMFCQ mettra de l’avant les actions suivantes :

  • Entreprendre une campagne de démystification du pouvoir afin de dépasser l’image négative et péjorative de celui-ci,

  • Diffuser des modèles de femmes engagées par la tenue du prix hommage Centricoise de tête et de coeur,

  • Valoriser les sentiments positifs reconnus par les femmes en poste,

  • Pour sensibiliser les dirigeantEs des organisations à diversifier le bassin de recrutement, promouvoir la Banque de candidates.

Pour conclure

Pour la Table de concertation du mouvement des femmes Centre-du-Québec, le présent Portrait des administratrices centricoises est une belle réussite. À partir des questionnaires remplis sur une base volontaire, nous avons pu dresser un profil type des administratrices centricoises.

Ce rapport ne constitue pas une fin en soi. Il nous semble important de le considérer comme un outil de référence global pouvant servir à plusieurs fins. En effet, les recommandations qu’il contient feront l’objet d’ateliers de présentation des résultats et de conseils pratiques, en vue d’inciter les organismes à les appliquer.

En terminant il ne faut pas oublier que tendre vers une représentation équitable c’est aussi intervenir sur la prise en compte des intérêts des femmes par les instances décisionnelles. Nous croyons que c’est ultimement la meilleure façon d’ouvrir la voie à une égalité authentique et durable entre les centricois et les centricoises.

Remerciements

Un portrait semblable ne peut se faire sans la collaboration et le soutien d’organismes préoccupés par la représentation des femmes au sein des différentes instances décisionnelles.

Tout d’abord nous tenons à remercier nos partenaires financiers soit la Conférence régionale des Élus Centre-du-Québec et le programme "À égalité pour décider" du gouvernement du Québec.

Nous remercions également les membres du comité orienteur pour leur contribution qui ne s’est jamais démentie. Un merci spécial à Nathalie Perreault du Conseil du statut de la femme pour tout le soutien apporté à la présentation du présent document.

Renseignements techniques

Recherche et rédaction : Nancy Annie Léveillée

Coordination : Francyne Ducharme

Soutien technique Coopérative La Clé : Anne Marie Béliveau et Richard Leroux

Relecture : Francyne Ducharme et Nathalie Perreault

Soutien financier :
Entente de collaboration en condition féminine au Centre-du-Québec,
Programme "À égalité pour décider",
Gouvernement du Québec.

Juin 2004
 

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