Cadre
de référence
Au cours de l’année 2003-2004, la TCMFCQ a entrepris une démarche
afin de connaître la situation de santé des Centricoises et de dégager
les priorités d’actions pour améliorer leurs conditions de vie. Elle
souhaitait aussi conscientiser les femmes de la région, les
intervenantEs en santé et la population en général sur la spécificité
de la santé des femmes.
Pour bien
camper sa démarche, la TCMFCQ a ciblé ces principaux groupes: les
adolescentes et les jeunes femmes, les femmes aînées, les femmes
victimes de violence, les femmes aux prises avec des problèmes de
santé mentale, les femmes handicapées, les femmes et la périnatalité,
les proches aidantes et les femmes lesbiennes.
Au-delà de
cent femmes furent rencontrées et interrogées. Elles ont pu exprimer
leurs besoins, leurs attentes et la perception qu’elles ont du système
de santé. Pour compléter leurs points de vue, nous avons consulté les
publications récentes qui nous parlaient de la santé et des conditions
de vie de ces Centricoises :
-
Avis du
Conseil du statut de la femme; Les conditions de vie des femmes et
le développement régional et local dans le Centre-du-Québec, 2001.
-
Au
féminin… à l’écoute de nos besoins, Ministère de la santé et des
services sociaux 2002.
-
Des
nouvelles d’elles, les jeunes femmes du Québec, 2002.
-
Femmes
et santé, Conseil du statut de la femme, 2001.
-
Des
nouvelles d’elles : les femmes âgées du Québec. Conseil statut de la
femme (CSF), 1999.
-
Faits
saillants, regard sur la santé et le bien-être en Mauricie et au
Centre-du-Québec, 1998.
-
Exploitations des personnes âgées vers un filet de protections
resserrées, rapport de consultations et de recommandations, octobre
2001.
-
La santé
des femmes au Québec, réseau québécois d’action pour la santé des
femmes, 1999.
-
Dites-leur que nous sommes avant tout des femmes. Ministère de la
santé et des services sociaux, 1999.
-
Écoute-moi quand je parle! Rapport du comité de travail sur les
services de santé mentale offerts aux femmes, Ministère de la santé
et des services sociaux. 1997.
Ainsi,
nous avions un panorama de ces vies de femmes qui pouvait nous servir
de base pour poursuivre notre réflexion et établir notre plan
d’action.
Lors d’un
premier colloque, en mars 2003, des intervenantEs en santé, des
intervenantes communautaires et les personnes interviewées lors de la
recherche furent invitées. Nous leur avons présenté les données
recueillies. Elles se sont appropriées le document et l’ont
enrichi. Elles ont suggéré l’ajout de quelques groupes : les femmes
toxicomanes, les femmes atteintes de Sida et les femmes démunies.
Elles ont fait, pour ces groupes et ceux qui étaient déjà au dossier,
des recommandations susceptibles d’améliorer les conditions de vie et
de santé de ces Centricoises.
Avec
toutes ces données, l’élaboration du cadre de référence s’est amorcée.
Un
second colloque, en mai 2003, a réuni à nouveau toutes ces
personnes qui ont participé à cette démarche depuis le début de
l’exercice. Elles ont étudié le document de travail et apporté les
modifications jugées nécessaires. Elles ont approuvé les
recommandations et amorcé l’élaboration de pistes d’action.
Une fois
ce travail fait, il restait à rassembler, corriger et réajuster toutes
ces données pour rédiger le document final.
C’est
ainsi que le Cadre de référence "À votre santé, Mesdames" est
né en juin 2003!
Faits
saillants :
La
recherche effectuée auprès des femmes de la base nous a permis de
tirer certaines conclusions :
-
Les
services ne sont pas toujours adaptés aux femmes, les femmes doivent
s’adapter aux services :
-
Il y a,
c’est connu, des délais pour obtenir des rendez-vous. Il faut
compter sur des amies ou des connaissances pour obtenir de l’aide
plus rapidement entre autres en cas de violence.
-
La
paperasse, les questionnaires à remplir pour obtenir des services
(condoms, seringues, etc.) sont fastidieux et gênants, surtout pour
les jeunes femmes plus marginales.
-
En cas
de crise pour les femmes victimes de violence ou pour celles
souffrant de problèmes mentaux, les services offerts par les CLSC ne
sont pas toujours adaptés, par exemple, il n’y a pas de ressource de
gardienne, de support pour les adolescents, etc.
-
Les
femmes, particulièrement en situation de vulnérabilité, souhaitent
recevoir des soins d’une femme. (Par exemple, les femmes aux prises
avec un problème en santé mentale ne se sentent pas à l’aise avec un
intervenant…)
-
Les
femmes de tous âges et de toutes situations auraient besoin qu’on
leur présente de façon objective les médecines et les solutions
alternatives au lieu qu’elles aient à fouiller et à confronter les
opinions pour se faire une idée personnelle.
-
En
périnatalité, les femmes souhaitent l’accompagnement des naissances
par des sages femmes qui continuent aussi le suivi ensuite à la
maison avec l’enfant.
-
Les
femmes handicapées affirment unanimement qu'elles doivent s'adapter
aux services... Peu de services leur sont adaptés. Les
intervenantEs souvent ne connaissent pas l'ampleur de leurs
problèmes et ne leur donnent pas toujours l'attention nécessaire.
-
Les
préjugés négatifs face aux femmes persistent :
-
à
l’égard des femmes handicapées : on confond souvent un problème
d’élocution et un problème intellectuel, on respecte difficilement
les lenteurs associées à un problème de mobilité… Si elles ont un
problème d’embonpoint, on les taxe de paresseuses ou de gourmandes
et on oublie que l’exercice physique leur est impossible. Ces femmes
ne se sentent pas comprises et respectées : elles se sentent souvent
jugées et infantilisées.
-
à
l’égard des femmes toxicomanes : la société, les intervenantEs et
même les femmes aux prises avec un problème de toxicomanie jugent
très sévèrement une femme aux prises avec cette difficulté. Les
préjugés sont ancrés si fort que les femmes hésitent à consulter et
à chercher l’aide. Malgré les recommandations publiées dans le
document, Dites-leur que nous sommes avant tout des femmes, MSSS,
1999, les changements ne sont pas encore effectifs dans tous les
centres d’intervention.
-
à
l’égard des femmes vivant des problèmes en santé mentale et même à
l’égard des familles les accompagnant: la maladie mentale est encore
entourée de beaucoup de tabous et rares sont ceux qui osent en
parler. C’est une honte et les femmes concernées vivent
beaucoup d’isolement.
-
à
l’égard des femmes en général : on attribue facilement aux nerfs, au
stress, les problèmes dont le diagnostic est plus difficile. Les
femmes ont le sentiment qu’on ne les prend pas toujours au sérieux,
ce qui amène des délais encore plus longs au traitement de problèmes
de santé parfois graves.
-
La
population est peu consciente de la spécificité de la santé des
femmes.
Le suivi :
Au cours
de cette deuxième année de projet, et à la suite de ces constatations,
la Table de concertation entend porter ses actions sur quatre éléments
jugés prioritaires.
La
pauvreté des femmes :
À ce
niveau, le dossier est large et complexe. La Table continuera de
s’impliquer, bien sûr, dans toutes les actions de mobilisation de
lutte contre la pauvreté. Elle sera toujours attentive à collaborer
avec les comités qui défendent les droits des plus pauvres. Elle
publiera des articles dans les bulletins de regroupements afin de
développer cette sensibilité et cette solidarité chez toutes les
femmes de la région.
Les femmes
handicapées :
Cette
situation de pauvreté doublée de la méconnaissance des besoins et de
la situation est particulièrement aiguë chez les femmes handicapées.
Cette constatation incite la Table à faire de ce groupe une priorité.
Avec le milieu associatif, une possibilité de collaboration sera
étudiée afin de conscientiser les intervenantEs de la santé aux
problèmes que peuvent vivre ces femmes sans qu’ils soient reliés à
leur incapacité. Un programme sera organisé pour sensibiliser les
services de santé sur la nécessité d’adapter l’approche, les lieux
physiques et les appareils d’examen et de soins aux besoins
particuliers de ces femmes. Des formations seront offertes aux
intervenantEs pour développer l’approche différenciée selon les sexes
et pour éliminer les préjugés et les mythes. Finalement, en
collaboration avec des femmes handicapées, seront créés des outils
pouvant faciliter les rencontres avec les intervenantEs en santé.
Les
adolescentes et les jeunes femmes :
À titre
préventif, la Table choisit aussi de travailler sur les
recommandations faites en faveur des adolescentes et des jeunes
femmes. Des liens seront établis avec les intervenantEs sociaux ou
de la santé afin de transmettre les besoins exprimés par les jeunes
quant aux situations difficiles qu’elles vivent : grossesses non
planifiées et prématurées, problèmes de drogue, violence relationnelle
ou détresse psychologique.
La santé
spécifique des femmes :
Finalement, des outils d’éducation et de sensibilisation seront
préparés et présentés aux intervenantEs en santé et aux groupes de
femmes de la région afin de promouvoir la santé spécifique des
femmes et de les amener à reprendre leur pouvoir au niveau de la
santé. À cause de leur taille, de leur morphologie, de leur fonction
reproductrice, les femmes présentent des conditions de santé propres.
Il est de première importance que toutes les femmes apprennent à
reconnaître cet état de fait pour reprendre leur pouvoir sur leur
santé et exiger les services et les investigations auxquels elles ont
droit.
Le cadre
de référence "À votre santé, mesdames" est disponible à la
Table de concertation du mouvement des femmes. Si vous êtes
intéresséEs, vous pouvez en faire la demande au (819) 758-8282. Nous
vous le ferons parvenir avec grand plaisir. |